GUEST BLOG: 1. Salamandre

  1. Salamandre

Le premier, c’est S., S. comme Salamandre. Le premier après une longue traversée du désert, à deux, de plusieurs années. Le premier aussi d’une longue série qui ne semble plus s’arrêter. Le quatrième, dans ma vie, seulement. Il aura toujours une place spéciale dans mon corps, celui-là, parce que c’est lui qui m’a révélé que je pouvais toujours avoir du plaisir, que tout fonctionnait normalement chez moi et même très bien. Je l’ai rencontré par un site sur lequel je m’étais inscrite peut-être une semaine auparavant. J’avais déjà rencontre quelqu’un d’autre par ce biais, très sympa et plutôt pas mal, mais ça n’avait rien donné, seulement suffi à me mettre en confiance sur la possibilité de rencontrer des mecs normaux par ce genre de site. Pas d’attraction physique, même si plein de choses à se dire. Moment étrange où l’on sympathise tout en sachant qu’on ne se reverra pas.

S., je l’ai vu trois fois en tout et pour tout, dont une, chaste, pour qu’il me rende mes affaires… Et deux, torrides, qui ont marqué mon retour à la vie sexuelle. C’est de la première que je veux parler ici.

Les choses sont allées très vite. En début d’après-midi, un samedi ensoleillé, j’avais discuté en parallèle avec lui et un autre type. L’autre type avait réagi plus vite et j’avais organisé de le voir dans l’après-midi. En parallèle, j’avais suggéré à S. qu’on se verrait peut-être le soir, mais sans m’engager fermement, au cas où le premier rendez-vous « prendrait ».

Ça n’avait pas été le cas mais j’avais finalement retrouvé des amis et n’avais donc pas donné suite à ma proposition. Le fait que je le fasse attendre – involontairement, mais maintenant je sais ! – l’avait considérablement excité. Je l’ai su au nombre de textos qu’il m’a envoyés ce jour-là et jusqu’à notre rencontre quelques jours plus tard.

S. est très beau. Je l’avais vu dès les photos de son profil, et c’est pour ça que je lui avais répondu, à lui, alors que j’avais refusé tous les autres. Grand, fin, noir de ce noir d’ébène qui me fait toujours craquer sur le champ, un sourire enjôleur et les yeux rieur d’un enfant. J’avais été presque étonnée qu’il me « lance un charme », selon le vocabulaire de conte de fées de ces sites de rencontre – comme si le lexique seul pouvait pallier au manque de merveilleux dont souffrent ces sites ! Ce type doit être contacté tout le temps par les filles qui y sont inscrites. Car non seulement il est très beau, mais il maîtrise le verbe, ce qui est pour moi un atout majeur, et son profil est bien écrit, drôle, spirituel, cultivé. Rien ne me séduit plus que les mots, quand ils sont bien agencés et goûtés à leur juste saveur par celui qui les écrit. Et puis, musicalement, on a accroché tout de suite : des goûts proches, mais pas tout à fait similaire, une bonne connaissance de la musique de part et d’autre, et le désir d’échanger aussi sur ce plan là.  Une mention de son goût pour le rythme sur son profil avait aussi éveillé mon intérêt.

Entre le samedi du premier échange, et le mercredi de la rencontre, donc, S. m’a envoyé des textos, qui chacun m’ont un peu surprise et pourtant fait frétiller mon « inner goddess », comme dirait Ana Steele dans Fifty shades of Grey. Il m’avait préparé un paquet surprise, m’en avait prévenue, et s’était réjoui, pendant la journée, de ce qu’il y avait mis. Il m’avait partagé sa joie de me préparer ce paquet, ce qui bien sûr m’avait touchée. Je le retrouve donc le mercredi soir avec une certaine impatience, mêlée de peur et d’excitation : moi qui n’ai pas connu d’autre homme que mon ex depuis des années, moi qui ai perdu toute confiance dans ce domaine, je ne sais pas si je vais avoir envie, si je vais flipper, s’il va m’attirer, et si je me retrouvais coincée chez lui à ne pas pouvoir sortir ? et si, en fait, ce rendez-vous était un sale traquenard que j’allais regretter toute ma vie ? Pourquoi est-ce que je lui ai donné rendez-vous vers chez lui plutôt que vers chez moi ? Et si je n’arrive pas à mouiller ? Est-ce que j’aurai mal ? Est-ce que je suis suffisamment belle ? Est-ce que je suis bien rasée partout ? Je n’ai rien oublié ? J’ai bien pris des capotes ?

Le trajet en métro vers Montreuil, son quartier, fut comme une montée en excitation, ponctuée des messages d’impatience que l’on s’envoyait. Je l’ai attendu sur les marches de la mairie, comme convenu. Quand je l’ai vu arriver, je me suis rassurée tout de suite. Quelle beauté, c’est incroyable, j’ai touché le jackpot, et il a ce sourire… Mon « inner goddess » me félicite. Quelle belle pêche ! J’espère que je vais lui plaire. Il est bien habillé. Il a un petit style H&M : simple, mais bien pensé, assez à la mode, mais pas trop. J’y suis sensible. Matières coton. J’aime déjà.

On va boire un verre, dans un bar sans grand intérêt, en terrasse au milieu des voitures, mais ça m’importe peu, il fait beau, je veux profiter du soleil et de ce bel homme en face de moi. Je passe rapidement sur ce moment où l’on s’observe, souriant tous les deux, ravis lui comme moi, je crois. On décide ensuite de faire quelques courses pour dîner et d’aller chez lui les manger dans son jardin. Je découvre donc son appartement : un sous-sol derrière un garage dans un quartier résidentiel de Montreuil, plutôt petit et assez mal aménagé, mais sympathique et avec surtout, un grand jardin pour s’installer. Dans sa chambre, des lits d’enfants pour ses deux petits dont il m’a déjà parlé et dont il est fou d’amour. Sur la table basse dans le salon, une attention qui me touche : une grande rose fraîche à chaque coin, dont il m’explique qu’il les a cueillies tout à l’heure dans son jardin, et au milieu, le paquet surprise promis. Il savait que je viendrais.

On boit, on mange, on boit, il m’interdit d’ouvrir le paquet pour l’instant, je m’impatiente mais comprends que j’ai intérêt à ne l’ouvrir que quand il m’en donne l’autorisation… On écoute de la musique, beaucoup, il a de bons goûts et surtout une collection incroyable dans son ordinateur, dans laquelle je me perds un peu d’ailleurs. On boit encore, le repas est maintenant fini, et je redemande à ouvrir le paquet. Il me dit oui dans un sourire, mais tient à faire un petit préambule : je peux le prendre au second degré, si je veux, avec humour, enfin bon, il ne faut pas que je m’offense quoi. J’ouvre, vraiment impatiente désormais, j’ai compris que le cadeau était coquin, et en sors d’abord un livre : La grammaire est une chanson douce, d’Erik Orsenna. De la vulgarisation grand public mais de qualité. Je l’ai déjà lu, j’ai bien aimé. « Comme tu es prof de français, je me suis dit qu’il fallait au moins que tu aies lu ça. » C’est finement choisi (bien qu’un peu risqué ! un livre ! il ne savait pas ce qu’il faisait, le bougre !) et ça fait son petit effet. Vient ensuite la clé usb : « Je t’ai mis 3 go de musique, tu me diras ce que tu en penses ». Effet : très réussi ! Je suis enchantée, j’adore qu’on me fasse découvrir des choses et je trouve sa manière très fine, élégante. Puis viennent les choses sérieuses : éléments d’un coffret acheté chez « Passage du désir », j’en sors d’abord un petit plumeau rose fuschia très doux, dont je comprends qu’il sert à se caresser mutuellement. Je ris, et continue, un peu avide, je dois bien l’avouer, pour voir ce que le paquet recèle encore. Un stylo « love pen » qui dévoile, quand on tire sur la petite bande en métal qui dépasse le long du manche, un guide de toutes les positions possibles et imaginables ; un chéquier d’amour, avec plein de demandes coquines à transmettre à son amant ; un bandeau noir pour les yeux… Un bandeau noir ! L’idée me plaît beaucoup, beaucoup. J’ai toujours rêvé qu’on me bande pendant l’amour ! Je crois qu’il perçoit mon excitation. L’atmosphère tourne d’un coup. Il baisse les lumières. Je suis assise sur le canapé et il s’allonge à côté, la tête sur mes genoux. Je prends le petit plumeau et je joue avec nonchalamment, le passant sur son crâne rasé de temps en temps. On continue à parler, mais on ne s’écoute plus. On parle pour faire semblant, encore un peu, pour faire durer ce moment où l’on se désire et c’est très bon. A un certain point, il me dit « t’es où ? », moi, faisant l’innocente, « là, pourquoi ? », il recommence : « t’es où ? » et se relève un peu, m’attrape la nuque, approche ma tête et m’embrasse, d’un baiser profond, sensuel, lent et affamé à la fois. Je n’ai plus peur de rien tout à coup, je sens juste le désir qui m’envahit comme une onde de chaleur, et je m’abandonne petit à petit dans son baiser qui ne s’arrête pas, qui ne s’arrête plus. Assez vite, on enlève nos vêtements et de voir son corps magnifique, son torse bien musclé, sa peau si douce, me fait littéralement tourner la tête (le vin aide, certes…). Plus la moindre trace de doute. J’ai envie de chaque partie de lui. Même son odeur, qu’en temps normal je n’apprécierais pas, je crois, une eau de parfum bon marché, un peu écœurante, m’excite maintenant parce qu’elle sent l’homme qui s’est préparé au sexe. Elle a quelque chose de vulgaire qui me dépayse et m’allume.

S. est un homme qui connaît les femmes, qui sait faire l’amour avec la douceur et la vigueur nécessaire, l’expérience et le doigté requis. Je le laisse me guider, j’en profite, émue de ce moment qui se déroule si parfaitement, concentrée sur mon plaisir. Sans plus réfléchir, assez vite je m’approche de son sexe déjà dur et brandi vers moi, j’en ai envie comme d’une grosse friandise, et, moi qui n’étais pas franchement adepte de la chose, je l’empoigne et le suce comme je n’avais jamais sucé quelqu’un, avec gourmandise, avec faim, j’aime ça et plus je le suce, plus j’ai envie de lui. Je le vois aussi assez étonné et ravi : peut-être lui non plus n’avait-il jamais été sucé comme ça ? Et pendant que je le lèche, le mordille, l’agace et l’avale de tout mon corps, je sens couler de ma chatte le liquide magique, oui, je mouille, je mouille enfin et tellement, je n’ai donc pas de problème physique, je suis étonnée, tout fonctionne, tout fonctionne tellement bien que je suis une rivière qui coule à flots ! Un sentiment de victoire et de joie intense m’emporte dans un rythme plus effréné, tandis que je mouille toujours plus, je m’ouvre à lui, je sens toutes mes pores qui s’ouvrent, je m’impatiente maintenant que je me sens fin prête, et voyant mon impatience il vient vers moi à son tour, et me lèche avec la même gourmandise, la même expertise que dans ses caresses, faisant croître encore mon impatience qui est désormais à son comble, jouant du bout de sa langue avec mon clitoris déjà bien énervé. Soudain, il vient en moi et ça se passe très vite, il est en moi avec une facilité surprenante, en un coup, et ça glisse, ça glisse tout simplement, tout mon corps n’attendait que ça… C’est tellement bon que je sens mon excitation croître encore d’un cran, je ne maîtrise plus rien mais j’aime ça, je sais que je peux aller encore plus loin, je veux aller encore plus loin. Son sexe est long mais pas trop large, la taille parfaite pour explorer mon intérieur sans me faire de mal. Et il explore, tous les coins et recoins de mon con, sortant et revenant, appuyant plutôt vers le clitoris qui s’agace un peu, ou plutôt au fond du vagin qui s’ouvre encore, alternant lenteur et rapidité… Nous faisons l’amour pendant longtemps, je ne sais même plus combien de temps, combien de fois, plusieurs heures, il me fait jouir encore et encore, il bande sans arrêt, ce type est incroyable, beau et endurant comme personne, j’ai toujours un désir intense, une envie folle, et je me laisse faire, je laisse tout son corps s’écraser sur moi en haletant, et parfois je reprends le dessus – les vieilles habitudes – et ça l’étonne, les initiatives que je prends, mais il joue le jeu, il n’est pas insensible à mes coups de bassin secs, durs, saccadés, aux airs dominateurs que je prends parfois s’en m’en rendre compte. De temps en temps on fait une pause, on boit un verre, on fume un joint, mais jamais très longtemps, il a encore envie de moi et réciproquement, nous n’avons pas épuisé toutes nos possibilités… On reprend, toujours avec la même faim, la même force. Il me fait découvrir le massage corporel, corps contre corps, ses mains sont au sol et il est allongé sur moi, et de tout son corps chaud il me masse, d’avant en arrière, d’arrière en avant, avec l’aide d’une huile de massage qui sent bon, cette fois, et chaque parcelle de peau est maintenant complètement en éveil… Je n’en reviens pas qu’il veuille continuer, j’en suis ravie, moi qui ai été tellement frustrée, et chaque coup de queue qu’il me donne, de plus en plus fort, est comme une vengeance contre toutes mes frustrations passées, je le reçois avec une certaine rage, c’est tellement bon, et je lui chuchote de me baiser fort, fort, et plus il me voit gémir plus il me baise fort. Entendre mes râles de plaisir m’excite aussi, je lâche la bride et crie maintenant sans retenue. Et je jouis, encore et encore, et je suis épuisée, et je m’écroule maintenant sur le ventre et sans me laisser le temps de respirer, encore, par derrière cette fois, il me prend et parvient à me faire jouir une dernière fois, épuisée mais encore excitée, incroyable, ravie, étonnée, pleine de sexe, la peau et les sens à vif, rassasiée, repue, lubrique comme jamais…

Dans la voiture où il me raccompagne chez moi, il est peut-être 4 ou 5h du matin, son doigt caresse encore ma cuisse là où ma robe est fendue. Je me sens frémir encore, assez violemment, et je sais qu’on se reverra.